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  • Photo du rédacteurMagali

C’EST PAS GRAVE, LAISSE TOMBER…

Ou l’alliance infertile de la muflerie et du découragement. Vie quotidienne, extrait.


Il est 5h, Magali s'éveille...

Comme un parfum de misogynie ordinaire

Je voyage régulièrement en ce moment pour le travail et vendredi matin, je me trouvais au Hard Rock Café de l’aéroport à 6h du matin. J’y avais déjà avalé un capuccino avec un muffin et cherchais un dernier café à emporter pour finir de me soutenir lors du trajet fort matinal.


Je vais donc au bout du comptoir, une jeune femme attend déjà près de la caisse.


Les serveuses nettoient les machines ou autre, je ne vois pas bien. Qu’importe, j’attends, l’embarquement a commencé, mais j’ai encore quelques minutes.


Puis, un homme se rapproche du comptoir, au milieu.


Il tourne la tête vers nous. Regarde la jeune femme rapidement, puis moi.


Puis, il interpelle la serveuse.


Et se met à passer sa commande.


Comme ça, tranquillement.


Je sais qu’il nous a vu. Je sais qu’il sait qu’on attend.


Mais, il passe sa commande.


Je regarde la fille de devant. Elle regarde devant elle, le regard dans le lointain, loin des caisses, loin de ce moment. Loin de l’humiliation.


Je bous...

Je vais donc voir ce monsieur. Et lui explique tranquillement : « Nous sommes en train de faire la queue là-bas. C’est donc la dame là-bas, puis moi, puis vous. »

La serveuse a ajouté « Ladies first », « les dames en premier ». Ah, quand même.


La jeune femme passe commande, et le temps qu’elle soit servie, je lui glisse un « il nous avait vu… » incrédule.


Et elle me répond, lasse, « je n’ai pas encore pris mon café, je n’ai pas l’énergie. »


Vous entendez tout ce découragement, derrière cette phrase convenue. Cette trace d’habitude, cet abandon de soi devant la présence et le désir de l’autre.

Devant celui qui ne s’embarrasse pas de savoir si on est d’accord ou pas.


Parce que l’avis de jeunes femmes (ok, je me la raconte, j’ai 42 ans…) ne l’intéresse tout bonnement pas.


« Elles ont l’air inoffensives, c’est bon. » Qu’a-t-il donc pensé ?


Pour ne pas accabler la jeune femme, j’ai plaisanté sur le fait que j’avais déjà pris un premier café et que c’est pour ça que j’avais l’énergie d’intervenir.


Mais en fait, ça m’en a coûté beaucoup. Je sentais dans mes jambes comme un liquide froid, je sens que le stress avait envahi mon corps.


Ce n’est pas facile de faire valoir ses droits. C’est un effort. Mon corps a eu peur. Il s’était préparé à fuir ou à lutter. Mais j’ai utilisé mon aplomb, la confiance dans mon bon droit et la colère de voir outrepasser mes droits alors que je suis juste en temps.


Don’t fuck with my coffee 😉


Je n’avais pas le désir d’insulter ou de faire un scandale. Juste que l’ordre, la logique, la politesse soit respectés. Pas d’attaque. Une explication claire et calme. De celle qui n’appelle pas de réponse. Car il n’y a pas de question.


Il a attendu son tour. Et j’ai pu avoir mon café dans les temps.


Mon amour, mon tendre amour... (photo de River Fx sur Unsplash)

Pourquoi partager cette histoire ?

Parce que je sais que la pratique du consentement me soutient énormément dans ces moments-là.


Pas tant pour réagir. C’est facile de se mettre en colère. C’est même mécanique dès que quelqu’un dépasse nos limites (sauf à être tellement habitué ou à ne plus s’autoriser la colère ou… 1000 autres raisons, l’humain est tellement complexe).


Ne pas haïr, rester en lien, calme et prête à dialoguer est un effort 😉 On peut ressentir de la colère, voir ce qu'elle indique, agir en fonction, sans la déverser alentour. Une forme d’éthique dont le monde a peut-être besoin, non ?


Me rendre compte de ce que je tolère inutilement et changer

La pratique m’aide à passer à l’action. Elle m’aide à comprendre ce qui m’énerve dans l’attitude de l’autre… et dans la mienne et à voir les leviers à disposition. J’ai toujours en tête cette distinction clarifiée par la Roue du Consentement :

  • Ce que je veux : c’est mon désir, c’est pour moi, et je peux solliciter, ou non, quelqu’un pour m’aider à le satisfaire.

  • Ce que je veux bien : ce n’est pas mon désir, mais celui de l’autre, et je veux bien contribuer. Je trouve ou non du plaisir dans l’action elle-même, mais je suis d’accord de contribuer.

  • Ce que je tolère : ce n’est pas mon désir, c’est même contre mon désir, j’ai du déplaisir… mais je laisse faire… alors que ça pourrait être différent.

Ce dernier bout de phrase est terrifiant : « alors que ça pourrait être différent ».


Combien de choses tolère-t-on au quotidien ? (le pull qui gratte, le gars qui nous passe devant, la mauvaise qualité de l’air, etc…)


A quel niveau est-on habitué au déplaisir jusqu’à avoir oublié l’idée que l’on pouvait ne pas s’y prêter ?


Jusqu’à oublier l’idée que l’on peut intervenir.


Affirmer mon désir n’est pas m’opposer à l’autre

La clé selon moi, c'est de se rappeler que dire ma préférence, ce n’est pas nécessairement désavouer l’autre ou le rejeter.


C’est croire que le monde ne se réduit pas à l’alternative binaire « si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi ».


Du saumon ! Non, des baies ! (Photo de Zdeněk Macháček sur Unsplash)

C’est avoir confiance que la préférence de l’autre n’éjecte la mienne.


C’est chercher à trouver ensemble quelque chose qui nous va bien.


J’observe souvent autour de moi cette difficulté à dire face à la susceptibilité de l’autre et sa conséquence logique : ça devient risquer d’affirmer une préférence différente. Je rencontre beaucoup de gens abîmés qui s'excusent ou se tendent par réflexe quand on n'a pas la même envie au même moment, même pour des bêtises du quotidien.

Prendre des pincettes. Se justifier. Expliquer. Rassurer. Se préparer à la rebuffade véhémente en face. C’est épuisant.

Pffffff… oui, parfois, ça ne vaut pas le coup. Autant laisser passer.


Mais, on finit par s’habituer à ne pas dire (si on ne l’a pas déjà bien appris enfant).


Et alors, quand on a besoin de dire, on prend toute la charge émotionnelle disponible et on intervient avec un niveau d’agressivité inutile ou disproportionné…


On nourrit la tension et la violence du monde. Bien involontairement, mais assez efficacement.


Apprendre à dire régulièrement, avec calme, clarté, confiance, ouverture.


Simplement parce que c’est juste.

Simplement parce que l’on a besoin de cela pour se sentir bien.

Sans demander de faveur.

Sans agresser. Sans chercher à diminuer l’autre.

En restant ouvert à la discussion.

En créant quelque chose ensemble.


L’apport des ateliers de pratique du consentement

C’est la base de l’assertivité. En Approche Neurocognitive et Comportementale, on la définit comme

Assertivité : le fait d’avoir les capacités d’exprimer son point de vue au mieux de son intérêt et exercer ses droits, sans anxiété excessive et sans dénier ceux des autres.

L’assertivité est un sport. Et j’aime penser les activités de l’Oasis Tactile comme un lieu d’entraînement. On s’entraîne à ressentir ce qui est juste pour nous, à le dire, à l’entendre. En sécurité. En douceur. Et en puissance.


De la puissance qui s’obtient avec sourire et cœur.

Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à commenter et partager. Soutenons-nous sur ce chemin pour qu'il reste joyeux et attirant.


Prochains entraînements :









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2 Comments


Marie Verdel
Marie Verdel
Apr 03, 2023

Bravo pour l'effort. J'ai expérimenté l'autre jour le "j'y vais ou j'y vais pas ?" J'y suis allée finalement, fatiguée d'avance (je comprends l'idée du café 😅). Tout sourire, expliquant au monsieur qui venait de faire sursauter ma voiture en essayant discrètement de la pousser pour se garer que ce n'est pas très sympa de faire ça. Il était tout penaud et ne disait rien, comme le gamin qui se fait prendre la main dans le sac. Je lui ai dit, d'une traite qu'il avait beaucoup de place et qu'une autre manoeuvre lui permettait de se garer correctement sans abîmer le parechoc des autres, que je pouvais même la garer pour lui s'il voulait... Il me regardait sans rien dire…

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Félicitations pour t’avoir exprimée de façon assertive envers l’homme au comptoir du Hard Rock Cafe! La chose que je trouves la plus curative dans tes ateliers est l’encouragement de répondre à un “Oui” ou un “Non” avec “Merci d’avoir pris soin de toi” ou “Merci pour ton authenticité”. C’est rassurant d’avoir une place ou je peux expérimenter avec des relations saines et respectueuses sans devoir me débattre contre ma peur que ma sensibilité soit jugé négativement (et m'expose à sentir ma honte) ou que mon effort de me respecter déclenche de la violence dans l’autre. Bravo pour ton courage Magali et merci pour tes ateliers! Au plaisir :-) Garth

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