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  • Magali

QUE CELUI QUI N’A JAMAIS PECHE LUI JETTE LA PREMIERE PIERRE. (Jean 8.2-11)

Dernière mise à jour : 23 janv.


Le Christ et la femme adultère, Nicolas Poussin, 1653
Le Christ et la femme adultère, Nicolas Poussin, 1653

Je ne suis affiliée à aucune religion, mais cette phrase de Jésus, pépite de sagesse universelle, m’inspire depuis longtemps pour sa tendresse et sa radicalité. Alors, en cette période de Rois Mages, j’ai eu l’idée d’explorer les liens entre cette citation et la pratique du consentement.

Cet article est aussi une tentative de réponse à une suggestion de thème proposé par Garth[1], participant aux ateliers, qui était :

  • Comment décrirais-tu la culture alternative à la culture dominante que les ateliers d’Oasis tactile donnent à goûter ?

  • Quel est le potentiel transformateur de cette culture du consentement ?

  • Comment participons-nous à l’évolution de la culture humaine ?

Sacrée question, non ? J’étais un peu intimidée, alors je n’ai pas répondu tout de suite 😉 J’espère apporter quelques éléments ici, et je continuerai de cheminer avec cette question et vos contributions sont les bienvenues si vous voulez m’écrire !


Petit rappel de contexte

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Jean 8.2-11


Cette phrase est extraite dans l’évangile de Jean et relate un épisode de la vie de Jésus. En voici le résumé :

Des spécialistes de la loi amènent une femme adultère à Jésus. Ils la jettent à terre au milieu de la foule et demande au Christ ce qu’il a à dire, sachant que la loi de Moïse ordonne qu’on la lapide (Ils ont l’air tout prêt à passer à l’acte). Ils ne cherchent pas tant un conseil qu’à le mettre en difficulté : son enseignement les dérange. Jésus se baisse vers cette femme puis se redresse et leur dit : « que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. ».
Aucune pierre n’est lancée, la foule se disperse, Jésus se retrouve seul avec la femme qui a donc la vie sauve. Pour terminer, Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et désormais ne pèche plus. »

Pas mal, non ?


Les ingrédients d’une joute étaient présents mais c’est une autre voie qui est proposée. Pas de long débat : une invitation à l’introspection.


Au-delà du panache de l’épisode, j’aime les pistes d’évolution qu’il nous donne.


NB : cette phrase est issue du Nouveau Testament. Cette référence catholique peut déranger certain·e·s lecteurices. Je précise donc que je l’utilise ici comme témoin de la sagesse universelle. Mon approche est laïque et n’a aucune visée religieuse. Je suis simplement impressionnée par la puissance de cette si courte phrase et inspirée par ce qu’elle porte d’intégrité et de compassion.


Les apports pratiques de la pratique du consentement

J’ai choisi 4 invitations portées par cet épisode pour illustrer comment la pratique du consentement peut nous aider à les intégrer progressivement et de manière concrète.


Humilier les gens… ou Accueillir chacun comme et avec ce qu’il est



Dans l’épisode :

La femme est jetée à terre au milieu de la foule par les spécialistes de la Loi.


Aujourd’hui, on pense facilement aux campagnes de dénigrement et d’humiliation à l’ampleur énorme sur les réseaux, avec leurs conséquences en termes de santé mentale…


Ce que fait Jésus :

Au lieu de la regarder de haut, Jésus se baisse, deux fois, au niveau de la femme, il s’agenouille.


L’apport de la pratique du consentement :

L’une des choses les plus touchantes que j’ai rencontrée dans le milieu du consentement, c’est cette invitation permanente : « don’t shame people » : ne faites pas honte aux gens. Personne n’est au-dessus personne (pas même Jésus, c’est dire !)


Si quelqu’un n’est pas dans les clous, réorientez ou réexpliquez le cadre clairement et fermement si besoin, mais ne faîtes pas honte à la personne.


La honte est un poison, dont on guérit lentement. Avoir honte, c’est penser que nous sommes une personne défectueuse, que nous sommes le problème (à la différence de la culpabilité qui est le regret d’une chose ce que l’on a fait). Avoir honte, c’est vivre dans la peur permanente d’être démasquée dans ce que l’on a de honteux.


Comment alors entrer en relation avec l’autre, en relation intime ?


Comment répondre sereinement à cette simple question « qu’est-ce que tu veux ? » quand on a appris à adapter toutes nos réponses pour ne pas laisser paraître notre être que l’on croit honteux ?


Dans les exercices de consentement, les règles sont très claires. Elles posent un cadre à l’intérieur duquel tout peut être demandé. J’ai le sentiment que cela réapprivoise (apaise) progressivement la voix à l’intérieur qui est en panique de « ne pas être dans les clous ». La clarté des règles permet à chacun d’évaluer, de s’assurer que la demande est ok (toute bizarre qu’elle puisse paraître) et cela donne une sécurité dingue : la base pour commencer à jouer joyeusement avec l’autre. Sécurité que l’on emporte petit à petit avec soi en dehors du cadre, pour plus de légèreté et d’audace dans le quotidien.


Juger l’autre ou Utiliser l’introspection pour découvrir ce qui me rapproche de l’autre



Dans l’épisode :

Les Pharisiens[2] et les spécialistes de la Loi séparent le monde entre ceux qui appliquent la loi (eux), et les autres. Leur zèle les placerait au-dessus des autres.

Juger, c’est, en effet, croire habiter sur une plate-forme bien au-dessus des autres.


Cette distance imaginaire sert de terreau à la culture de la domination : créer une différence avec l’autre « autorise » à le dévaloriser puis à mettre en place un système fondé « légitimement » sur cette infériorité supposée qui finit par s’auto-justifier… Jusqu’à ce qu’un autre jugement vienne remplacer le précédent et que, dans la violence, on reparte sur un nouveau cycle de domination, là où on pensait atteindre la libération… J’ai l’impression que cette croyance que « j’ai » (quelques soient les bonnes intentions de ce « je ») des droits sur l’autre et notre environnement qui nous maintient dans un environnement culturel relativement instable et violent en dépit des bonnes idées qui émergent.


Ce que fait Jésus :

Jésus ne juge ni la femme, ni les Pharisiens. Il invite ces derniers à regarder en eux-mêmes leurs propres péchés et à puiser dans ce point commun la compassion et la miséricorde envers cette femme.


L’introspection sincère mène à voir ce qu’il y a de commun entre moi et l’autre. C’est une opportunité pour nourrir le lien plutôt que la séparation. (bon… ici, les Pharisiens voient bien leurs péchés mais ne saisissent pas l’opportunité de lien : ils préfèrent s’en aller.)


L’apport de la pratique du consentement :

Dans les ateliers consentement, on crée des espaces, verbaux et physiques, de partages avec l’autre dans lesquels on expérimente, dans la vulnérabilité, le lien avec l’autre et l’on ressent la profonde similitude de nos expériences sensibles. Jouer avec quelqu’un que l’on apprécie moyennement crée un lien profond avec l’autre, même si après, je n’ai toujours pas nécessairement envie de partir en vacances avec cette personne.


C’est ce que j’appelle la fraternité : qu’importe la « mousse » du caractère ; dans le fond, je sais que nous sommes liés et que l’on peut veiller les uns sur les autres.


Quand on joue par exemple au jeu du « je veux » : pendant plusieurs minutes, l’un exprime ses « je veux », des plus simples aux plus fous, pendant que l’autre écoute et profite de la visite de ce nouvel univers. Plus on joue, moins on a l’idée de juger ce que l’on entend, tant on sent qu’il résonne quelque chose de profondément juste. Ce moment m’autorise en retour à explorer ce qui est juste pour soi.


De même dans les #PauseTendresse, avec en supplément l’engagement du corps et de la tendresse physique qui nourrit la sécurité avec l’autre.


Dès que chacun partage avec authenticité au lieu de faire semblant d’être autre, plus ceci ou plus cela, on se rencontre au même niveau et l’on quitte la culture de domination où certaines personnes valent plus que d’autres. On ouvre un espace magnifique de rencontre avec l’autre où l’on retrouve ce qui nous rapproche au fond au lieu de focaliser sur ce qui nous sépare en surface. On peut alors commencer à co-créer un cadre qui nous convient à tous.


Ce partage contribue à développer une proximité, une complicité, premiers pas vers une société plus fraternelle.


Choisir de faire comme les autres ou Développer son discernement et son opinion personnelle



Dans l’épisode :

Jésus est testé sur son obéissance à la loi millénaire et au groupe des puissants.


De nos jours, la culture individualiste au lieu de promouvoir les choix personnels, comme on pourrait s’y attendre, renforce la course vers la conformité à une série de modèles aliénants : tout pour ne pas risquer le rejet ou le jugement.


Ce que fait Jésus :

Plutôt que de se ranger à l’avis de la foule et des puissants, Jésus prend un temps, agenouillé près de la femme, il lui parle, il écrit (on pourrait dire qu’il réfléchit) puis partage ce qui est juste pour lui.


L’apport de la pratique du consentement :

Les compétences du consentement sont souvent résumées à « dire oui », « dire non » et « respecter le non de l’autre ». Toutefois, les croyances, les habitudes, la pression sociale sont si fortes que l’on va parfois au plus rapide, au plus sûr : on rejoint la tendance majoritaire ou celle du plus fort, dans l’instant.


Pour redonner sa place à notre voix personnelle, la roue du consentement invite à développer d’autres compétences nécessaires à son expression :

· Ralentir, faire une pause.

· Observer ce qu’il se passe en moi.

· Faire confiance à ce que je ressens.

· Accorder de la valeur à la voix qui s’élève en moi : ma voix compte.

· Ensuite, seulement, communiquer avec l’autre.


J’ai été très touchée quand lors d’une supervision avec l’équipe des Cuddle Party, on a répondu à l’une de mes questions sur la manière dont j’étais supposée régler un sujet : « there’s no supposed to. What do you think is the right thing to do ? » (« tu n’es obligée à rien, qu’est-ce que la chose juste à faire pour toi ? »). J’étais invitée à identifier à regarder en moi pour trouver la justesse au lieu de la chercher à l’extérieur.


Développer mon discernement c’est refaire régulièrement l’examen de mes comportements et opinons, des habitudes de mon groupe social et les rechoisir à nouveau ou les remplacer.


Qu’est-ce que j’en pense, moi ? La possibilité de faire autrement reste toujours ouverte, et si l’on s’est trompé, on peut toujours changer d’avis ! Rappelez-vous la règle #6 des Pauses Tendresse : Vous êtes encouragé à changer d’avis !


Utiliser l’autre à des fins personnelles ou Traiter l’autre avec respect et agir avec intégrité



Dans l’épisode :

La femme est utilisée pour tendre un piège au Christ. Sous couvert de faire respecter la loi, les spécialistes poursuivent un autre objectif.


Et nous, est-ce que ça nous arrive de prendre des chemins détournés ou de manipuler un peu les autres pour obtenir ce que l’on veut ?


Ce que fait Jésus :

Jésus aide la femme à se relever. Même prise en faute, elle n’est pas une chose dont on se sert mais un humain à part entière à traiter avec respect et intégrité. Il refuse de l’utiliser dans la joute verbale qui l’oppose aux Pharisiens.


Il honore et respecte aussi sa capacité à juger par elle-même par ses mots finaux « va et ne pèche plus » : il ne lui fait pas la morale.


L’apport de la pratique du consentement :

Pour qui est l’action ? Est-ce vraiment pour l’autre ou dans le but annoncé que j’agis (ici, faire respecter la Loi) ?


Cette question simple, tirée de la pratique du Roue du Consentement, est une invitation immense à l’intégrité. Je ne peux que vous inviter à vous la poser régulièrement. Pour ma part, je suis troublée de constater qu’il m’arrive plus souvent que je ne le voudrais de dissimuler mes attentes et désirs sous divers prétextes et contournements.


Pas de jugements, ne sortez pas les pierres, : on le fait tous plus ou moins. C’est la peur terrifiante du rejet qui nous fait déployer ces trésors de créativité, des plus inutiles (espérer que l’autre comprenne les subtils indices que je laisse traîner), aux plus violents (forcer) en passant par les pas jolis-jolis, comme la manipulation (culpabiliser…).


Le chemin, c’est de gagner progressivement en courage et en intégrité. Assumer mon désir et l’exprimer directement à l’autre est intimidant mais c’est aussi l’approche la plus économe et la plus respectueuse de l’autre. Et plus j’ose ainsi exprimer mon désir avec clarté plus je m’ouvre à ce que l’autre exprime le sien avec la même clarté et je commence à pouvoir entendre qu’il a un autre univers que le mien, qu’il est tout aussi respectable. Je peux commencer à entendre ses « oui »… et ses « non » avec sérénité.


Conclusion


Voici pour résumer les 4 points développés ici :

  • Accueillir chacun comme et avec ce qu’il est (au lieu d’humilier)

  • Utiliser l’introspection pour découvrir ce qui me rapproche de l’autre (au lieu de juger)

  • Développer son discernement et son opinion personnelle (au lieu de faire comme tout le monde)

  • Traiter l’autre avec respect et agir avec intégrité (au lieu d’utiliser l’autre)


Ce texte n’a pas vocation à décrire la Culture du consentement, je ne me sens pas encore capable d’avoir un propos aussi ambitieux.


Toutefois, il me semble que ces 4 dynamiques relationnelles et humaines nous aident à faire advenir une culture humaine de base nécessaire à tout changement profond et durable de société.


On pourrait y ajouter le jeu, la gentillesse, la créativité pour une vision un peu plus complète, mais l’histoire de la femme adultère tendait peu de perches pour aborder ces thèmes !



En plus, avec le livre, vous avez accès à ma traduction de l'atelier prêt à l'emploi !

Si le sujet continue de vous intéresser (et si vous maîtrisez l’anglais » », je vous renvoie vers l’excellent livre de Marcia Baczynski et Erica Scott : Creating Consent Culture. Erica anime une formation pour se lancer dans l'animation d'atelier sur ce thème, je recommande !


Vos commentaires et suggestions sont les bienvenus !