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  • Photo du rédacteurMagali

ARRETE DE DEMANDER, POUR QUI TU TE PRENDS ?

Ou comment nous sommes éduqués très tôt à oublier ce que l’on veut vraiment… Vie quotidienne, extrait.


Si tu demandes, gare à tes doigts ! (@Serge le Lapin de la RATP)

Vendredi je prenais le métro à Paris.


J’avais une grosse valise (22,5kg !) alors je me suis assise près de la porte, sur un strapontin, pour caler ma valise dans le coin, histoire qu’elle ne gêne pas le passage.


Deux ou trois stations plus tard, une femme et une petite fille rentrent. La petite fille doit avoir 4-5 ans. La femme s’accroche au pilier central.


La petite fille reste devant ma valise. Elle me regarde avec des yeux prêts à pleurer de frustration.


Je devine qu’elle a très envie de s’asseoir. Au risque de paraître insensible, je décide de ne pas bouger ma valise. C’est vraiment pénible pour tout le monde quand la circulation est gênée. Et par ailleurs, je descends dans 2 stations (3 minutes, donc). J’estime qu’il n’y a pas de nécessité ou d’urgence à bouger ma valise. Et si jamais c’était urgent, il y a des places un peu plus loin.


Je lui souris et explique en 2 mots que je vais laisser ma valise là où elle est mais que je descends bientôt.


Alors, elle dit « je veux m’asseoir ».


Je demande à la femme combien de stations il leur reste, pour pouvoir lui dire dans combien de temps elle pourra s’asseoir. Pas de chance pour la petite fille, elles descendront à la même station que moi. Donc pas de strapontin, cette fois-ci. Tant pis.


Et là, surprise !


La femme se met à sermonner la petite fille sur le fait qu’elle ait osé dire qu’elle voulait s’asseoir.

Mais, pourquoi engueuler cette petite fille ?? (Photo de Polina Zimmerman sur Pexels)

Quoi ? Alors, je m’adresse à la femme : « Bein, non, c’est bien de demander si elle a envie » lui dis-je.


Elle entend mais ça n’a pas l’air de « faire tilt » elle continue de dire à la petite fille qu’il ne faut pas demander comme ça.


La petite revient vers elle et se tortille entre ses jambes.



Pourquoi donc ne faudrait-il pas demander ?


Quelle est cette drôle d’idée ?


Comment obtenir ce qu’on veut si on ne demande pas ?


Je comprends mieux pourquoi la petite fille a commencé par des yeux qui, pardonnez l’expression, « chouinent » si effectivement elle vit dans un environnement où il faut essayer de se satisfaire sans jamais demander…


Dans l’atelier « Osez demander ce que vous voulez vraiment », on fait un exercice sur le sujet.


1ère phase, on se partage sur

« Pourquoi ne demande-t-on pas ce qu’on veut ? »

C’est un bon tour d’horizon de nos peurs, frustrations et résignations.


2nde phase, on partage sur

« Que fait-on à la place pour obtenir quand même, sans la demander, cette chose que l’on veut ? »

C’est partie est un peu plus dure… car on y liste toutes nos tactiques, des plus gentiment ridicules aux moins jolies-jolies.


Ces techniques sont souvent énergivores, parfois efficaces mais sans égratignures sur la qualité de la relation…


Les yeux prêts à pleureur de la petite fille pourraient rentrer dans la catégorie des techniques de « culpabilisation »… Me faire culpabiliser pour que je cède la place. Ici, inefficace. De plus, pas sûre que ça l'aide à nourrir une bonne estime de soi…


S'il te plééééééééééééé... (Photo de Matthew Henry sur Unsplash)

Flûte… la petite n’a pas 6 ans et déjà, elle en est à utiliser des tactiques de contournement… J’ai trouvé ça super triste. Les petits sont super mignons avec leur demandes incongrues ou impromptues mais fraîches, authentiques et spontanées… Ce qu’on met une vie à reconquérir.


Mais peut-on s’étonner qu’elle en soit réduite à ça quand on entend ce que lui dit la femme ?


« Arrête de demander ! ». Comme si c’était mal de demander.

Demander, c’est autoritaire, égoïste… ou la honte


Dans un atelier, une personne nous a raconté qu’elle s’était faite engueuler dans sa famille quand elle était petite, parce qu’elle avait dit « Je veux »… On lui a répondu « Il n’y a que le Roi qui veut, toi tu voudrais »… un conditionnel… tu voudrais « si quoi » ?


Et j’entends ça souvent quand on fait le jeu du « je veux » : c’est autoritaire, c’est abusé, c’est égoïste…


Et quand on a intégré que « vouloir quelque chose pour soi » et l’exprimer ne se fait pas, et qu’au bout d’un moment, on a passé l’âge de faire les yeux de Bambi, que nous reste-t-il pour satisfaire nos besoins / envies / désirs ?


Je vois 3 options, mais il y en a peut-être d’autres, vous pourrez partager dans les commentaires :

  • Oublier qu’on veut quelque chose

  • Attendre que, par magie, notre désir matche celui de la personne d’en face

  • Perfectionner nos techniques de contournement…

Que pourraient être les conséquences possibles ?


Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas réjouissant, ça mène plutôt à :

  • Insatisfaction, frustration, lassitude, perte d’énergie ?

  • Perte de la boussole de ce qui est bon pour nous ?

  • Exigence forte vis-à-vis de l’autre qu’il nous « satisfasse » spontanément (puisqu’on est incapable de demander) ?

  • Passivité ?

  • Agressivité ?

  • Etc.

Ca ne fait pas bien rêver…



La pratique du consentement aide à renouer avec nos « je veux »


Reconnecter avec nos « je veux » pour sortir de l’impasse

Si vous voulez jouer, ou voir ou vous en êtes, demandez-vous régulièrement

« qu’est-ce que tu veux ? » quand vous vous sentez frustré·e ou colère ou tendu·e ou l’envie de faire les yeux de Bambi pour amadouer l’autre….


Un désir attend peut-être d’être découvert, accueilli et communiqué clairement.


Respecter nos limites

De mon côté, je suis contente de ne pas avoir cédé. J’aurai pu céder, peut-être même que j’aurai eu l’air gentil. Mais flûte, non, je suis d’accord avec moi-même sur la situation.


Je n’avais pas envie de bouger ma valise.

  1. Par confort, j’étais bien posée.

  2. Par savoir-vivre dans le métro.

  3. Par absence de nécessité ou d’urgence.


Je reviens à souvent à ces deux questions clés, issues de la roue du Consentement, pour clarifier ma position quand je doute :


1. Est-ce que j’agirais de bon cœur en disant oui ?

-> Ici, non.


2. Que faudrait-il pour que ce soit oui de bon cœur ?

-> Ici… rien. Car de fait, je libèrerai ma place 3 minutes.


Reste à assumer.


J’y arrive de mieux en mieux. Bon, ici, face à un enfant, ce n’est pas non plus le gros match Rocky contre Mister T…


Wouf ! (Photo de Steph Wilson sur Unsplash)


C’est pour ça que j’aime observer ces petites situations du quotidien, à faible enjeu. Car, si je ne suis pas claire là, ce sera d’autant plus dur dans des situations à enjeu ou chargées émotionnellement.


Je constate que, plus les choses s’éclaircissent en moi et plus j’utilise les questions clés ci-dessus, moins j’ai de difficultés à dire.


Le piège de la culpabilité prend de moins en moins.


Prendre le désir de l’autre pour ce qu’il est : le désir de l’autre. Pas une exigence à laquelle je dois répondre.


C’est un gros morceau.


C’est chouette que l’autre ait des envies. Et qu’il s’autorise à les exprimer.


Pour nourrir la relation à ce moment-là, on est tenté de commencer à répondre, à se sentir en charge de cette envie, parfois avant même que la moindre question ne soit posée. Exemple :

  • A : J’irai bien au Cinéma !

  • B : A 20h, il y a Aquaman, rue des Carmes.

  • A : Ah, oui, non, pas ce soir, je disais ça en général…

Est-ce qu’on n’anticipe pas un peu trop des fois ?


Maintenant, j’essaie d’attendre la question. Ou, taquine, je lance

« Est-ce que tu as une demande ? »

C’est une bonne invitation à prendre la responsabilité de nos désirs et à oser assumer de faire des demandes directes plutôt que des stratégies en trois coups.


L’invitation finale pour une application pratique du consentement

  1. Accueillir la demande / le désir de l’autre, sans juger, car c’est courageux d’exprimer clairement, c’est un cadeau…

  2. Prendre la demande pour ce qu’elle est : le désir de l’autre. Pas quelque chose qui m’oblige à quoi que ce soit.

  3. Prendre le temps de sentir ce qui est juste pour moi

  4. Voir ce qu’il faudrait pour un oui de bon cœur.

  5. Répondre.

L’objectif est de respecter l’élan de l’autre et le mien et de prendre conscience de notre dialogue intérieur pour éviter d’ajouter des couches inutiles de tensions dans la relation, car on croit qu’on doit / que ça ne fait pas / que c’est abusé / que c’est toujours moi qui…


Clarté, intégrité, respect, gentillesse !


Au plaisir de lire vos expérimentations !


En attendant, on se retrouve pour pratiquer, lors des prochaines rencontres de l'Oasis Tactile.






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