top of page
  • Photo du rédacteurMagali

MON AVIS SUR "CREATING CULTURES OF CONSENT" (L. McGuire)

Dernière mise à jour : 10 sept. 2023


Couverture du livre Creating Cultures of Consent de Laura McGuire

Parler du consentement, c’est passer par un complet et total désapprentissage, retournement et réinvention de toute notre communication interpersonnelle et de nos façons d’être en contact. Laura McGuire (p83)

J'ai profité de l'été pour lire un peu.


Notamment Creating Cultures of Consent de Laura McGuire et j’ai beaucoup aimé. C'est un tour d’horizon très large du consentement et des implications politique, sociale et morale de son enseignement. Et puis, il fait 115 pages, sympathiquement rapide à lire !


Il donne surtout une précieuse perspective sur la posture d’animation d’ateliers sur la Culture du Consentement pour les jeunes.


Plutôt qu’un résumé, voici une sélection de 5 points que j’ai envie de partager.


Laura McGuire, l'auteure, est américaine, sexologue et intervenante en prévention des violences sexuelles.


1. Examiner ses propres croyances et pratiques, avant d’enseigner


Le livre est tourné vers l’action. Toutefois, il a l’humilité et l’intelligence de proposer 2 étapes préalables :


ETAPE 1 : Commencer par soi-même.

femme en introspection de ses préjugés avec une loupe
Moi, des préjugés ? Non ! Sinon, le gars là-bas, il ne serait pas gay ?

Observer nos propres préjugés, biais et angles morts. Ecouter nos pensées inconfortables et y plonger pour les désactiver progressivement.


Exemples de questions de réflexion proposées :

  • Combien de fois ai-je l’idée que les valeurs de mon pays représentent la norme à atteindre pour tous les autres ?

  • Que sais-je des autres manières de voir le monde et les relations ?

  • Est-ce facile pour moi de demander le consentement de quelqu’un et de discuter de nos besoins, désirs, limites personnelles ? Si non, quels éléments culturels rendent cela difficile ?

La règle d’or de nombreuses cultures : « Traite les autres comme tu voudrais être traité. » La règle de platine du consentement : « Traite les autres comme ils demandent à être traités. » Laura McGuire (p3)

ETAPE 2: Commencer par son entourage.


Une famille de 3 générations avec les chiens, souriants, dans la rue
L'ami Ricoré ? Ca fait longtemps qu'il est passé au consentement !

Faire vivre le consentement à nos proches pour que cette manière d’être se répande progressivement. Moins dogmatique et plus concret, on sort de l’idéal et on goûte et fait goûter à cette qualité de lien qui renforce le poids de notre discours.


Les êtres humains sont conditionnés à chercher ce qui est considéré comme socialement acceptable, la raison en est que nous avons besoin les uns des autres.

Si la domination et le contrôle sur autrui est ce qui nous donne du pouvoir social, alors on ira par là. Si la soumission craintive est ce qui nous rend acceptable dans notre communauté, on ira par-là. Si la gentillesse, l’autonomie et le respect mutuel est la norme, alors on peut aussi aller par là. Le choix nous appartient. Laura McGuire (p102)



2. Le consentement peut s'enseigner aux enfants dès 18 mois !


tables de loisirs créatifs pour enfants avec des personnages en feutre
18 mois ? ça me laisse sans voix ! (bah, en fait, t'as pas encore de bouche !)

L’enseignement du consentement n’est pas un cours d’éducation sexuelle, même s’il y est souvent réduit.


C’est un cours d’apprentissage du respect de soi et du droit de l’autre à décider ce qui lui arrive, notamment physiquement.


De fait, il peut s’enseigner dès tout petit.



3. Se rappeler que la « normalité » est une fiction

Un visuel de bulle avec le mot au milieu
Toi non plus, on t'a pas pris au "Normal Club" ?

Le livre met les pieds dans le plat de cette hypothétique « normalité » :

Le citoyen normal serait « blanc, en phase avec son sexe de naissance (cisgenre), hétéro, de culture chrétienne, valide, de classe moyenne à haute. Si on correspond à la description, a-t-on tendance à dire « Oh, moi, rien de spécial, je suis juste une personne moyenne / normale » ? Laura McGuire

Ça vous parle ? La Loi française identifie même 25 critères de discrimination, donc j'imagine que nous avons tous encore d'autres trucs que nous trouvons "plus normaux" que d'autres.


L’inconvénient, c’est que penser la normalité en ces termes crée nécessairement sa contrepartie d’anormalité, parfois assortie de gêne, de honte, de lutte ou de violence. Penser en termes de « normal / pas normal » crée de la division et de la violence.


Cet exercice de décentrement est important pour ouvrir suffisamment d’espace à chacun en atelier pour exprimer ce qu’il est et pour avoir suffisamment d’espace en soi pour entendre d’autres visions qui viendront peut-être confronter notre propre vision.


4. On peut avoir une conviction profonde et lucide sans instruire de procès à charge

Kerns sur une plage
Quoi ? cette image est tirée par les cheveux ? On a tous un truc à apprendre, c'est ça que ça dit !

On peut identifier des « responsables », des groupes plus « coupables » que d’autres etc. C’est nécessaire pour que la justice puisse travailler.


Mais ensuite ?


Je suis ravie de voir comme l’auteure arrive analyser la culture, les critiques sans souhaiter passer à la mise au pilori.


Elle prend le temps de montrer :

  • à quel point les auteurs de critiques sur l’éducation au consentement ou l’éducation sexuelle sont le fruit de notre culture ;

  • qu’il est TRES inconfortable de se rendre compte que notre culture, voire notre manière d’être en relation, d’être parent ou enseignant contribue à transmettre des éléments de culture problématiques, y compris chez ceux qui sont déjà informés et font de leur mieux pour vivre dans le respect.

Ici, tout en étant très au fait des statistiques sur les violences sexistes et sexuelles, l’auteure invite chacun à évoluer, sans focus sur un groupe humain en particulier.


L’effort doit passer de « éviter que nos fils ne se fourrent dans de sales histoires » à un effort pour aider tout le monde à communiquer, lire et respecter les limites. De plus, nous devons les préparer à s’adresser à tous, quelque soit le sexe, d’une manière qui honore la dignité de chaque personne, y compris eux-mêmes. Laura McGuire (p77)

Cette approche me touche beaucoup et reflète ma motivation à travailler sur la « culture du consentement » plutôt que sur la « prévention des violences » :


Comment créer une culture qui permettent à tous, ensemble, de créer et entretenir des relations respectueuses, libres et soutenantes ?


Cela n’enlève rien à l’important besoin actuel de connaissance et d’évolution du droit en France, de la prévention des violences, de l’amélioration dans l’accueil de la parole des victimes etc.


C’est préparer l’étape d’après. Changer une culture est très long.

Autant commencer en parallèle !


Le consentement est la base pour la courtoisie, la dignité humaine, la décence et la création et le maintien d’une société sûre et équitable. Laura McGuire (p48)

5. Trois courants historiques guident l’éducation sexuelle aux Etats-Unis


Un garçon et une fille se sourient dans une bibliothèque. scène de drague.
Toi aussi, t'aimes les livres ? Oui, surtout sur l'herméneutique et l'exégèse philologique :-)

A vrai dire, ça n’occupe qu’une page dans le livre, mais je ne l’avais jamais vu exprimer ainsi, clairement. Alors voici :

  • Le courant de la pureté morale promeut l’abstinence avant le mariage, et voit les grossesses non désirées et les maladies comme des punitions de Dieu pour avoir désobéi à la morale.

  • Le courant hygiéniste se place dans le champ de la santé publique en mettant l’accent sur les maladies vénériennes, aborde un peu les grossesses dans un discours où la morale est absente.

  • Les tenants de l’amour libre défendent une sexualité saine et positive sans injonctions morales et se contentent de fournir des outils pour vivre sa sexualité et ses amours au mieux.

Ce résumé m’a permis de mieux comprendre les différentes racines de discours aujourd’hui.


Ça montre aussi que « ces » éducations sexuelles laissent de côté des éléments importants de l’éducation au consentement :

  • les freins à la communication saine et assertive

  • les dynamiques de pouvoir dans les relations

  • les conséquences du trauma

  • les stéréotypes de genres etc.


Le consentement demande un partage égal du pouvoir. Laura McGuire (p43)



Conclusion

Femme allongée avec un livre sur le visage car elle s'est endormie en lisant un livre
Ah quand même, on arrive au bout !

Si le consentement veut dire quelque chose, alors cela commence et se termine par ceci : le respect réciproque de la dignité, de l’humanité et de l’autonome de chaque personne. Laura McGuire (p3)

Je suis touchée par la délicatesse et la vigilance de l’auteure à embarquer tout le monde, à se montrer radicale et explicite sans braquer, en expliquant, montrant, clarifiant.


J’ai conscience de ne pas faire honneur à son approche ici, mais j’espère vous avoir rendu curieux (bon, bien sûr, si vous lisez l’anglais !)


Pour terminer, j’aime le sage rappel de l’auteure aux enseignements du consentement :


C’est important de ne pas laisser votre passion créer un cadre d’endoctrinement. Laura McGuire (p83)

Attention au dogmatisme !


Le contenu doit rester agile, la discussion libre et la pratique prouver autant que le discours.


Ce serait embêtant de se retrouver en position de « forcer quelqu’un » à adhérer aux valeurs du consentement…



A bientôt et belle rentrée à tous !



Prochains ateliers d'initiation au consentement


Lire des livres, c'est bien.

Pratiquer, c'est plus efficace.

Et en groupe, ça devient carrément magique !


Et comme c'est aussi embêtant de "forcer" quelqu'un à participer à des exercices du consentement, dans les ateliers consentement d'Oasis Tactile vous avez la possibilité de participer comme vous voulez : faire l'exercice, faire une pause, discuter avec moi...


Cette liberté de ne pas participer aux binômes d'exercices a d'ailleurs été soulignée et très appréciée des participants du week-end « Apprendre à donner et recevoir » à Argy en août. Un vrai exercice d’écoute de soi et de positionnement !

66 vues2 commentaires

Posts récents

Voir tout

2 Comments


Merci pour ton témoignage Garth. Je suis sensible à cette sensation que tu partages, celle de vivre "dans le présent" une forme de relation douce, créative respectueuse. C'est le pari que je fais, donner à vivre cette expérience pour donner envie d'en devenir l'ambassadeur, au moins pour croire à son échelle que c'est possible et désirable. J'ai la sensation que si l'on ne reste qu'au niveau de l'invocation ou de l'injonction, on manque, tous et toutes autant qu'on est, de modèle et d'expérience pour mettre en œuvre ce que l'on désire pourtant. Ensuite, je constate que même entre adultes volontaires et ouverts les dynamiques de pouvoir sont parfois présentes, car il existe tant de critères pour se comparer ou se…


Like

J’ai eu de la difficulté en lisant ce livre. Ça a déclenché plein de colère et peine en moi, symptômes de blessures profondes datant des débuts de ma vie sur terre. Finalement, ça s’est résolu dans une compassion pour les femmes qui cherchent la sécurité et le respect. Comme je suis un homme adulte hétérosexuel de race blanche, ce ne sont pas des besoins qui s’avèrent importants pour moi. Ils sont souvent satisfaits simplement à cause de la façon que les personnes partageant mon identité sont traités dans notre culture dominante (d’Empiétement). Par contre, comme je souffre d’une maladie autoimmune débilitante mes besoins de soulagement physique sont très importants et difficiles à satisfaire. Dans le monde féministe, j’ai peur qu’on…


Like
bottom of page