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  • Magali

EST-CE QUE TU PEUX ME DEMANDER AVANT DE ME TOUCHER ?

Dernière mise à jour : 27 nov.

Je suis très tactile, mais certains contacts m’agacent.


Par exemple, être poussée à deux mains par une inconnue... qui croit bien faire !


J’ai commencé le Lindy Hop à la rentrée (danse swing des années 20-30).


Du fait de mes activités, je ne peux y aller toutes les semaines. Manière élégante de dire que je ne suis pas dans les plus doués du cours. Mais, ce n’est pas grave, j’aime tellement la musique et cette danse que j’y vais tranquille, pour le plaisir.


Bref, l’autre jour, je vais au cours et j’étais un peu à la bourre, et quand je suis arrivée ils étaient déjà à fond. Du coup, je me cale bien au fond de la salle pour capter le pas tranquille. Je galère un peu.


Chat va trop vite...

Là, une fille expérimentée qui participe au cours débutant pour « aider » comme leur est demandé, se rapproche et commence à m’expliquer. L’intention est louable.


Sauf que là, moi, je suis hyper concentrée à regarder les pieds des profs pour comprendre. Elle, elle insiste pour me parler. Je lui explique que je suis déjà occupée à regarder devant. Elle insiste encore comme si je n'avais pas compris ce qu'elle me disait (c’est étonnant cette capacité qu'ont certaines personnes à ne pas comprendreElle m’avait déjà fait le coup à un cours précédent…).


Bref, je cède et regarde ses pieds. Force est d’admettre qu’elle m’a aidée à comprendre, en effet, c’est plus clair. Merci.


Elle m’a squattée, ça m’a agacé, mais je ne suis pas revêche au point de ne pas accepter l’info, ici, utile. Merci donc.


Puis, les profs qui ont bien vu que les moins affûtés des pieds sont plutôt blottis ensemble au fond de la salle, invitent les nouveaux à l'avant. Je n'ai pas envie. Je vois bien du fond et je sais que la présence de gens derrière moi me stresse (je fais partie de ces gens qui s'arrêtent dans la rue pour laisser passer les gens qui marchent trop près derrière). Ce stress-là ne m'aide pas beaucoup à apprendre, même avec les profs à côté. Chacun nos bizarreries.

Et là… Comme un boomerang, elle revient !


La même femme impératrice de conseils non sollicités* s’est donnée la mission de pousser ( ! ) les âmes pieds perdus vers le devant de la salle : alors que je suis de dos, je sens deux mains me pousser littéralement vers l’avant.


What ? Pardon ?


gif

Je fais le choix délibéré de rester au fond. Qu’est-ce que ça peut lui faire ? De quel droit se permet-elle de décider où je dois aller, au point de m’y pousser ? Comment peut-elle croire qu’elle sait mieux que moi ce qui est mieux pour moi alors qu’on ne se connaît pas du tout et que je n’ai rien demandé ?


En l’occurrence, je suis fatiguée, j’ai besoin de calme et je sais que quand je suis entourée de trop de gens qui bougent dans ces moments-là, ça me sature d’info et je bloque.


J’ai peut-être l’air dur dans ma description alors que dans le fond, elle était mue par une bonne intention, elle est « gentille », elle veut juste « m’aider »…

Mais en fait, être gentil et vouloir le bien de l’autre, c’est s’intéresser à ce qui est bien pour l’autre, du point de vue de l’autre. Sinon, c'est juste pénible...


J'imagine que de la part d’un homme, ce comportement aurait fait réagir plus d’une femme et pas uniquement les ultra-féministes. Ces réflexes de comportements qui consistent à t’expliquer la vie alors que tu es déjà en chemin ou à insister car « Fais moi confiance, tu vas aimer », « C’est pour toi que je fais ça » font partie des bases décriées du patriarcat.


Bien sûr, c'est un micro événement, un presque rien du quotidien. Mais quand même...



Comment j’ai réagi ?


Honnêtement, j'étais agacée. 2 fois, sérieux ?


Et dans ce moment de tension, je suis très fière d’avoir su placer une des phrases dérivées des règles des Pauses Tendresse et Consentement (Cuddle Party) :

« Est-ce que tu peux me demander avant de me toucher ? »

J’avoue que je ne souriais pas beaucoup, mais 2 fois de suite, c’était trop pour moi. Mes limites étaient dépassées.


Et ça m’a fait un bien fou de poser cette phrase.


Simple, court, très clair. Poli. Et efficace : elle a enlevé ses mains, repris ses distances et ne m’a plus touchée.


Je n’ai pas réussi à redanser tout de suite, je suis restée 1 bonne minute figée, raide comme un piquet au milieu d’un groupe de danseurs en train d’enchaîner des kicks. Faut savoir que j'ai un système nerveux très sensible à l'insécurité...


Puis, je suis retournée là où je voulais être, au fond de la salle, et rapidement, le swing est revenu. Yes ! Au final, j’ai passé une chouette soirée, à danser et rigoler avec mes partenaires.


Et je masterisai le hand-to-hand en sortant ! Yes !


Bon, là, ce n'est pas moi, je ne masterise pas au point de prendre des photos !

Ce que ça m’a apportée cette phrase clé du consentement

Je n'ai pas toujours su dire quand les limites étaient dépassées, j’étais plutôt passée Reine dans les colères froides, rentrées, avec humeur terrible et terrifiante. Vous savez ces colères qui font ruminer un petit bout de temps et vous flinguent le moment et les suivants (et celui des personnes autour…).


Ce sont des réactions d'impuissance : sans réaction sur la situation elle-même, tout le stress est gardé à l'intérieur et le corps retient qu'il ne peut rien faire. Ce qui est aussi énervant que la situation elle-même... et bien acide pour l'estime de soi.


Là, passée la minute de figement, tout est rentré dans l’ordre.


Une minute !!!


Et même, je n’ai pas d’appréhension à danser avec cette personne (on change souvent de partenaire dans les cours, donc ça arrivera forcément). Pas de joie particulière, mais pas de désagrément non plus.


Je connais la limite de mon territoire avec elle.


Ca c'est mon espace, ça c'est ton espace !


La force de l’entrainement

Je mesure ce que la pratique du consentement m’a apporté dans des cas comme celui-là :

· Trouver les mots.

· Réagir du tac au tac.

· Affirmer ce qui est bon pour moi. A mon rythme, même en dehors des standards.


Cette question des standards est très sensible chez moi.


En effet, j’ai l’élan puissant depuis que je suis petite d’être « normale » avec cette question récurrente

Que font les gens en général dans cette situation ?

J’ai grandi dans une famille un peu atypique pour le milieu dans lequel j'évoluais. Pas au standard, quoi.


Et je crois que j’en ai gardé une part de moi qui se dit que si ce que je fais est différent, c’est que c’est moi qui ai un problème, c’est moi qui ne fais pas comme il faut. C’est du poison cette pensée. Cela disqualifie mes élans, mes atypismes (ce qui fait que je suis moi), mes goûts.


C’est ce que je trouve très libérateur dans la pratique du consentement, tel qu'enseigné par la School of Consent et les Cuddle Party dont je suis l'approche.


En m’apprenant que ce que je veux de différent n’a rien de cassé, honteux, raté, que c’est simplement mon élan et qu’il vaut autant que celui des autres, je me sens renforcée et plus apte à communiquer ou à faire des choses avec d’autres.


Moins en défense. Plus en accueil, de moi et de l’autre.




Je me relis et je souris à l'impression de platitude de ce que j'ai écrit, c'est revu, rebâché. Oui, en tant que contenu intellectuel, il n’y a pas de quoi y passer la journée.


Ce que j’aime c’est avoir trouvé le moyen de le pratiquer, de le ressentir dans mon corps. D’apprendre le réflexe, la sécurité et la légitimité de mon besoin. Même si sur l'instant, ce n'est pas cool pour les autres.


Et surtout, je constate que ça m'évite de rester figée et que j'ai osé dire, dans un moment de surprise :

Est-ce que tu peux me demander avant de me toucher ?

Champagne, Magounette ! Ca ne change pas le monde, mais c'est déjà un changement !



*Madelon Guinazzo qui facilite les supervisions des Cuddle Party nous a dit une fois « un conseil non sollicité, c’est comme une critique. » J’adore cette phrase. Ça ne veut pas dire qu’il faut se taire à tout jamais, mais que l’on peut simplement demander à la personne si elle est intéressée par un conseil avant de le communiquer d’office.







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