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  • Magali

VOULOIR - BIEN VOULOIR - TOLERER

Apprendre à recevoir et Avoir le choix


Imagine la scène. On est en coloc, à regarder une série. Ton coloc entre doucement dans le blues de l'hiver et tu as envie de lui donner un peu plus d'attention que d'habitude.


- Tu veux que je te masse les pieds ?

- Si tu veux.

- Bein, non, c'est si toi tu veux.


je vous préviens, moi je dis oui direct !

Comme dans cette scène, ça t’est déjà arrivé qu’on te réponde « Si tu veux » alors que tu proposes quelque chose dans l’idée de faire plaisir, de faire un cadeau ?


Moi oui. Ça ou des variantes, comme « Ça ne me dérange pas. »


Mon cadeau ne te dérange pas ? bein… c’est déjà ça de gagner… 😓


Reprenons la scène, tu retentes de clarifier avec ton coloc :


- L’idée c’est de te faire plaisir, est-ce qu’on peut trouver quelque chose qui te plaît ?

- Non, mais vas-y, tu peux, ça ne me gêne pas.


Dialogue de sourds.


Et insister ne serait pas bien utile. On peut toujours essayer de renverser la question « Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? » ou même remonter un cran plus haut « Est-ce que ça te dit qu’on fasse quelque chose ensemble ? ». Pas sûre qu’on arrive à trouver, pourtant.


Pourquoi est-ce si dur de se faire plaisir à certaines personnes ?


Ici, le nœud est double :

Pour qui est l’action ?

Cette question de base de la Roue de consentement invite toujours à la plus grande clarté sur ce qui nous pousse à agir ou à offrir quelque chose. Est-ce bien pour l’autre que je fais une offre ou bien est-ce pour obtenir quelque chose derrière ?

Ici, l’offre est sincère, de bon cœur, vraiment pour l’autre. Mais elle n’est pas reçue comme telle. L’autre n’attrape pas l’opportunité de recevoir un cadeau. Pourquoi ?


L’enfance, l’éducation, la place dans la société donnent 1000 explications à cette habitude de renoncer aux attentions de l’autre : on n’a même pas idée que notre plaisir puisse être un sujet d’attention de l'autre.


Qu’est-ce qui me ferait super plaisir ?

A force de ne pas être écoutés, notre désir, nos élans, nos envies se sont tus. On sait vaguement si quelque chose nous dérange ou pas, mais de là à savoir ce que l’on voudrait, l’écart est trop grand.


Quand on ne sait pas ce qu’on veut, on essaie de se fondre dans la masse : que veulent les autres ? Qu’est-ce qui ne me fera pas paraître bizarre ?


On n’a plus confiance dans nos élans, on a l’impression que nos besoins comptent moins que ceux des autres, on regarde à l’extérieur pour trouver ce qu’il est bon de vouloir, on se cale sur le désir des autres. On pourrait même dire qu’on s’efforce de désirer ce que l’autre désire : comme si c’était nous qui avions un problème à ne pas vouloir pareil et qu'il fallait juste faire un effort.

Par exemple, quand j’étais ado, je me suis forcée à mettre des images de chanteurs à la mode sur mon cahier de texte et sur mes murs, alors que je m’en fichais et que je savais à peine ce qu’ils faisaient (j’adorais Piaf à l’époque…). J’avais essayé de mettre des images de fleurs découpées avec cœur dans un catalogue de jardinage… Les moqueries me les ont vite fait enlever… J'ai cédé, abandonné ce qui avait du sens pour moi et appris qu'il valait mieux me méfier de mes élans...


Pas de désirs, pas de limites personnelles, juste une lutte aussi discrète que permanente pour ne pas faire de faux-pas. Eviter les moqueries à tout prix.


C'est ce que j'essaie de dépasser aujourd'hui. C’est toute la beauté des pauses Tendresse ou des ateliers consentement que d’offrir le temps et l’espace de ressentir ce que je veux moi, sans risque, sans jugement et ouvrir la possibilité de dire non gentiment. Rouvrir doucement la possibilité de vouloir quelque chose et de l’exprimer à un autre… Vertige !


Un univers de possibles s'ouvre...


Vouloir – Bien vouloir – Tolérer


Une distinction que j’ai trouvé très utile est celle entre vouloir, bien vouloir et tolérer.


On refait la scène :

- Tu veux que je te masse les pieds ?


Selon que l'autre veut, veut bien ou tolère parce qu'il se sent obligé, ça peut donner 3 types de réponses différentes :

Vouloir

Bien vouloir

Tolérer

Ah j’y pensais justement, merci beaucoup de proposer !

Pourquoi pas. Si ça t’aide pour tes cours de shiatsu ce sera avec plaisir.

​Ok.

(mais en vrai l'autre pense : « pfff, je préfèrerais le dos, je n’aime pas qu’on touche mes pieds, mais bon, si ce qu’elle préfère, tant pis… »)

En synthèse :

Vouloir

Bien vouloir

Tolérer

C’est mon désir. C’est quelque chose que j’aime et que je veux et j’espère que tu le veux aussi ou que, de bon cœur, tu veux bien te joindre à moi.


Je le demande ou j'accepte une offre.

C’est ton désir. Mais je me sens bien à l’idée d’y contribuer.

J’ai confiance que je n’aurai pas de rancune après coup si je me joins à toi. Je suis heureuse de faire quelque chose que tu veux, je veillerai à mes limites et je m’arrêterai avant que ça commence à me déplaire.

​Ce n’est pas quelque chose que je veux et je suis le mouvement.


J'accepte quelque chose que me déplaît et qui pourrait être différent.


Je n’ai peut-être pas conscience que j’ai le choix.

Extrait de Creating Consent Culture, Marcia Baczynski et Erica Scott (2022)

On en a parlé dans de précédents articles : est-ce que tu agis de bon cœur ? C’est vraiment une question clé pour savoir si je dépasse mes limites ou pas.


A partir du moment où ce n’est plus de bon cœur, c’est le moment de s’arrêter, car je risque de développer du ressentiment qui pèsera à terme sur la relation (et sur mon estime de moi, mon énergie…).


Quel équilibre dans ma vie ?

Ce que la notion de « vouloir » apporte, c’est aussi de veiller à ce que dans ma vie, je passe du temps dans cette zone : qu’est-ce que je veux ?


Sur une semaine : combien de temps passes-tu à

- Faire des choses que tu veux (pour toi) ?

- Faire des choses que tu veux bien de bon cœur (pour l’autre) ?

- Faire des choses que tu tolères (pour l’autre et qui te pompes ton énergie) ?


L’objectif n’est pas d’être dans le « je veux » en permanence. Car c’est bon aussi d’offrir et ça nourrit des relations attentionnées et équilibrées.


En revanche, se rendre compte de la masse de choses que l’on tolère est une excellente source pour arrêter de perdre trop d’énergie.


Tolérer, c’est accepter quelque chose qui pourrait être différent. C’est donc quelque chose que je fais pour l’autre sans avoir l’idée qu’on pourrait faire autre chose, quelque chose que me satisferait moi aussi ou que je ferai de bon cœur.


C’est aussi accepter ces petites choses qui nous agacent mais qu’on n’a pas idée de changer ou qu’on ne prend pas le temps de régler : un pull qui gratte, un jean trop serré, une porte qui grince, un pan de mur qu’on se prend systématiquement dans la tête, ce bruit de réveil qui nous agresse… Autant de petites choses qui nous épuisent et nous habituent à vivre des expériences moins qu’agréables.


Lors des formations que j’anime, je vois souvent des gens qui plissent les yeux pour voir l’écran ou qui râlent des consignes sur des exercices, mais j’en vois très peu qui se lèvent pour se rapprocher de l’écran ou qui m’interpellent pour renégocier les consignes. Très peu qui ont l'idée que ce qui est pourrait être différent s'ils faisaient une demande! Les formations renvoient bien sûr à l’école où l’on a appris une forme de soumission au cadre. Mais il est toujours étonnant de voir que cette soumission perdure à l’âge adulte. Et jusqu’où s’est-elle installée ? Jusqu’où s’efforce-t-on d’être conforme à ce qu’on croit être le comportement attendu ?


T'as envie de faire pipi ? Bah t'attendras la récré...

J’ai aussi commencé à nommer mes inconforts dans les groupes où je suis (fermer une fenêtre parce qu’il y a du bruit ; sortir un chat très mignon mais qui capte toute l’attention alors qu’on essaie de traiter un sujet…) et, presque chaque fois, j’entends des mercis d'autres participants. On était plusieurs dans l’inconfort, mais il faut que quelqu’un se lance pour que la situation change. C’est très instructif… et ça donne aussi du courage pour les fois d’après !


Penser en termes de « vouloir », « bien vouloir » et « tolérer » est un exercice mental fort utile pour mieux voir nos habitudes de comportements et ouvrir de nouveaux choix.

Est-ce que j’ai envie de ça ?
Est-ce que, même si ça n’est pas mon premier choix, de bon cœur je veux bien pour faire plaisir à cette personne ?
Si ce n’est pas de bon cœur, que puis-je demander pour rééquilibrer ?
Est-ce que j’ai un choix ?

Si je ne suis que dans bien vouloir ou tolérer, il est fort probable que je ressente de la fatigue, des attentes non satisfaites ou que je finisse un peu aigrie, genre « après tout ce que j’ai fait pour toi » !


Tu en connais des personnes comme ça ? Elles font beaucoup pour faire plaisir mais le jour où elles sont déçues ou n’obtiennent pas ce qu’elles pensaient mériter alors c’est l’explosion ? Elles nous ont dit oui, mais c'étaient des oui vides, un consentement vide de sens.


Prendre soin de soi n'est pas une attaque de l'autre

Une question que j’aime bien me poser aussi c’est :

Est-ce pour moi ou contre l’autre ?

J’ai besoin de ce surplus de légitimité pour convaincre la partie de moi qui a peur de blesser ou de déplaire. Si je me rassure en me disant que ce n’est pas contre l’autre mais que moi, là, il y a quelque chose qui me rendrait la vie plus belle, alors j’ai un peu plus de courage pour demander ou dire, j’ai moins peur de la réponse.


Parfois, on n’a pas le choix

Bien sûr, cet exercice mental ne fonctionne pas dans toutes les situations de la vie. Parfois, on n’a pas le choix.


Un job qui ne nous plaît pas, mais qui est le seul qu’on ait trouvé ou une charge de famille pour laquelle on n’arrive plus à agir de bon cœur, mais dont on ne peut pas se défaire…



Dans ces cas-là, se voir rabâcher "on a le choix" ou "il suffit de traverser la route" est juste une violence supplémentaire.


Quand on en est là, c’est encore plus important d’apprendre à recevoir et à demander pour trouver à se nourrir ailleurs, trouver à combler nos besoins d’une autre manière, pour ne pas dépérir tout à fait d’avoir trop forcé hors de nos limites. Trouver quelques pépites pour tenir. Se rappeler que nos besoins comptent.


En synthèse

L'approche du consentement, est un chemin d’intégrité, de générosité, de plaisir et de responsabilité. Il approfondi en douceur ses questions du mieux vivre ensemble : comment veiller sur moi et sur l’autre, comment nourrir mes élans et contribuer à ceux des autres et comment gagner en clarté et en équilibre dans mes relations, pour qu’elles durent dans la joie.




Pour résumer cet article, je dirai ceci :


  • Apprendre à recevoir, parce que mes désirs le méritent.

  • Avoir confiance que je suis une assez bonne personne pour que quelqu’un ait envie de mettre ses propres désirs de côté quelques instant pour ME faire plaisir.

  • Me rappeler que mon désir est valable même s’il est différent de celui des autres. Dépasser progressivement la honte.

  • Garder à l’esprit que, souvent, j’ai le choix, que cela demande d’oser poser la question.

  • Me demander : qu’est-ce qui pourrait être mieux dans cette situation ?

  • Faire plaisir à l’autre passe par respecter mes propres limites, car si je les dépasse, alors l’autre devient, sans le vouloir et sans le savoir, celui ou celle qui me fait quelque chose que je ne veux pas. Ce n'est bon ni pour lui/elle ni pour moi.

Si vous voulez vous entraîner à ressentir ce que vous voulez et à faire des demandes, les ateliers consentement sont pour vous.

A bientôt.









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